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Mahmoud
JEMNI |
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Dans ces
Regards croisés qu'il vient de publier à l'occasion de la 21ème
session de journées cinématographiques de Carthage (JCC 2006), mon ami,
et camarade de l'association tunisienne pour la promotion de la
critique cinématographique (ATPCC), Mahmoud Jemni, a bien voulu
me donner la parole, acceptant amicalement que je publie mon
témoignage sur mon site aussi.
Ce livre, que je
viens de lire avec beaucoup de plaisir, m'étant apparu comme un
document important et désormais incontournable pour la compréhension
de la situation actuelle du cinéma tunisien à travers l'idée que s'en
font, aujourd'hui, ses faiseurs, critiques et autres amateurs et amoureux, j'ai décidé de
consacrer cette rubrique, non seulement à
mon témoignage, mais à une vraie présentation du livre. vous pourriez
donc lire, ici, la préface de notre ami et camarade commun
Nasser Sardi, l'avant
propos signé par l'auteur lui même, ainsi que le sommaire
comprtant les noms des contributeurs.
Inutile de
vous dire que vos encouragements (et, pourquoi pas, vos commandes
;-) !) à mon ami sont souhaitables. Vous pouvez lui écrire
directement en cliquant ici.
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Couverture du livre |
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Préface
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Par Naceur SARDI |
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« Si l’œuvre est une, les avis et
les lectures sont pluriels ». Cet adage, qui coule
de source, ne semble point avoir pignon sur rue en
Tunisie ; puisque, alors que le nombre de films
réalisés (longs, courts et amateurs) approche le
millier, les écrits sur le cinéma se comptent sur
les bouts des doigts. Et si nous exceptons Hédi
Khelil, la majorité des critiques, journalistes,
gens du cinéma et autres académiciens, se contentent
souvent d’une ou de deux publications.
Ceci est-il dû à une difficulté à
théoriser des pensées et des analyses ? À une
paresse intellectuelle ? A un désintéressement du
cinéma ? Ou à la rareté des moyens, des
encouragements et d’un public, pour ces écrits ?
Est-ce l’état actuel du cinéma
(films !) tunisien, avec toutes les suspicions qu’il
suscite chez les gens du métier (dans son sens le
plus large) et la désertion des spectateurs, qui
décourage ces intervenants à s’intéresser à ce
domaine ?
Des questions auxquelles il n’est pas
aisé de répondre en dehors d’une étude sérieuse, si
nous ne voulons pas tomber dans des simples
appréciations et des opinions stéréotypées qui ne
cessent de revenir, depuis toujours, sur la scène du
septième art local, sans vraiment faire avancer les
choses.
Cette quasi absence de traces
écrites, associée à la non accumulation d’un savoir
faire au niveau de l’apprentissage, fait qu’il n y a
pas de réelles références pour celui qui veut en
savoir plus.
Pour toutes ces raisons, la
sortie de tout nouveau document abordant ce sujet
est un événement qu’il faut estimer à la valeur de
sa rareté, en premier lieu; ensuite, parce que c’est
une victoire sur l’omission, l’oubli et
l’indifférence.
C’est dans cette
perspective le livre de Mahmoud Jemni « Quarante
ans de cinéma tunisien : Regards
croisés » peut nous apporter les ébauches de
certaines réponses.
Cette publication brasse large
puisqu’elle est structurée en questions élaborées
par l’auteur, les mêmes pour tous les interviewés,
et en réponses données par un éventail de
protagonistes du cinéma tunisien. Ainsi, Mahmoud
Jemni nous fait connaître les points de vue, sur les
réalités du cinéma tunisien, de journalistes,
critiques, cinéastes, producteurs, techniciens,
acteurs, associations, enseignants, étudiants de
cinéma, professionnels, amateurs et même simples
cinéphiles. Tous vont parler de sujets aussi variés
que : les problématiques exprimées dans les films
tunisiens, la notion d’auteur, la dualité
fiction/documentaire, les films et les cinéastes qui
ont marqués l’histoire de ce cinéma,....
De 1966, année des premières
Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) et de
la sortie du film « El Fajr » de Omar Khlifi
(premier film fait entièrement élaboré par des
Tunisiens de l’après- indépendance), jusqu’en 2006,
date d’un double « quarantième anniversaire », plus
de cent longs métrages, en plus de courts et des
films amateurs, ont été réalisés en Tunisie. En
dehors de débats informels et d’interventions qui se
volatilisent après la fin de rencontres et autres
tables rondes, nous ne possédons pratiquement que
quelques données éparses pour savoir ce qu’en
pensent ceux qui s’intéressent à cette activité
artistique.
Mahmoud Jemni, qui a côtoyé depuis
sa jeunesse l’univers du cinéma, de par sa passion,
de part une cinéphilie toujours vivace, de par sa
présence sur plusieurs tournages, de par son
appartenance à l’Association Tunisienne pour la
Promotion de la Critique Cinématographique (ATPCC),
de par la publication de plusieurs articles sur des
films, et enfin de par les trois films courts qu’il
a réalisés en marge de son métier d’éducateur, va,
peut être, permettre, à travers cet écrit, de
dégager un petit peu de cette brume qui enveloppe ce
secteur, ô combien primordial de nos jours, qu’est
l’expression
filmée. |
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Avant propos |
Par MAhmoud JEMNI |
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"Le cinéma sauve l’humanité. Il sauve
de l’ennui." (Nouveau
Candide, n° : 20, Septembre 1961). J’ajoute que le
cinéma sauve de l’oubli. Cet art suprême nourrit de
tout ce qu’il y a de meilleur. Il vient secouer une
mémoire paresseuse. Nourrir, pour ne pas écrire
doper, une autre, qui est assoiffée, et garder
éveillée cette faculté de pouvoir se souvenir. Les
fonctions sont multiples. Le moyen est unique :
la commémoration. Rappeler, c’est voyager dans
le temps selon un axe passé, présent, futur. Le
regard semble attaché au passé, (il était, d’il y a
…) n’est en réalité qu’une volonté pour comprendre
l’actuel pour mieux préparer l’avenir. Avoir été,
être et devenir sont continuellement évoqués, non
pas uniquement, pour mieux voyager dans le temps
mais pour saisir et orienter l’évolution du temps.
Le rappel rafraîchit la mémoire, ouvre les yeux,
aiguise les consciences, élargit les connaissances
pour consolider les acquis, identifier les écueils
et atteindre des seuils plus élevés que les
précédents. En un mot progresser.
Les
motivations :
L’idée
d’entreprendre ce projet remonte au mois d’Avril
2006. Lors de ce mois, trois associations
cinématographiques ont eu l’idée d’organiser un mini
festival de cinéma tunisien. Il a été nommé :
Journées de Cinéma Tunisien. Les organisations
initiatrices sont la Fédération Tunisienne des
Cinéastes Amateurs (FTCA), la Fédération Tunisienne
des Ciné-clubs (FTCC) et l’Association Tunisienne
pour la Promotion de la Critique. L’objectif ultime
de cette manifestation c’est de permettre aux
Tunisiens de revisiter leurs propres images. Il y a
une très belle tranche de jeunes cinéphiles qui ont
à peine vingt printemps. Leurs aînés ont vu naître
le cinéma national et l’ont accompagné dans ses
gloires et dans ses quelques dérives. En tant que
membre du comité d’organisation de ces journées,
j’ai vécu des bonheurs, mais aussi, quelques
malheurs. La joie de voir les gens, de tous les
âges, s’affluer vers les trois salles de
cinéma où on projetait les films à raison de trois
séances par jour dont une le soir. Ces soirées
drainaient plus de monde, des fonctionnaires et des
étudiants essentiellement. Lors de certaines
soirées, la circulation devenait impossible car les
nostalgiques, les assoiffés, et peut être les
curieux bloquaient la rue Ibn Khaldoun. Ils sont
attroupés devant deux salles voisines. Quel plaisir
d’offrir la possibilité aux générations de se
rencontrer et aux gens du secteur cinématographique
de se voir, discuter, évoquer de vieux souvenirs !
Difficile de s’étaler sur ces moments de joie,
encore plus difficile de ne pas évoquer la soirée de
clôture où, sans exception, tout le monde du cinéma
a été convié, et tout l’honneur a été rendu aux
hommes de l’ombre : techniciens et chefs de
départements.
Côté
malheur, on s’étonne de tout ce qui à trait à la
matière filmique des états des copies, aux photos et
aux affiches des films, en passant par les
conditions de conservation et d’indexation. Avoir la
pure conviction que le cinéphile tunisien désire
immodérément découvrir et/ou connaître davantage les
films tunisiens, leur parcours, ainsi que les
conditions dans lesquels ils ont été réalisés.
Voilà, une des motivations qui sont à l’origine de
ce travail.
De
L’arbitraire :
L’historiographie n’est pas ma spécialité. Jamais
je ne m’érigerai comme quelqu’un qui écrit
l’histoire du cinéma tunisien. Ce concept est
délicat à définir. Je suis conscient que les images
fictionnelles ou images, tout court, de la Tunisie
remontent à la naissance du Septième art. Les
opérateurs des frères Lumières, ont pris des « vues
animées » à Tunis, Hammam-Lif et Sousse et organisé
des projections sur place dès 1896, quelques mois
après la naissance du cinématographe. D’aucuns,
n’ignorent l’existence de « Chaînes d’or » film
réalisé par un Français, en l’occurrence Réné
Vautier. La cheville ouvrière dans ce film c’est feu
Sassi Rejeb. Nul ne fait abstraction des films comme
« Hmida », « Trésor de Mahdia »ou des documentaires
tournés par les jeunes tunisiens diplômés de l’IHDEC
ou des films des cinéastes amateurs d’avant 1966.
Aucun cinéphile n’ignore ce qu’a fait un jeune
cinéaste à l’époque : M’hamed Kouihi. Dès 1956, M’hamed
Kouidhi a œuvré à la fabrication des images
« purement » tunisiennes. L’histoire, retiendra
qu’il a tourné plusieurs documentaires dont
« Pourquoi voter », « Comment voter ».
Le choix
de cette date de 1966 est arbitraire. Cette année
demeure cependant dans les anales du cinéma
tunisien. Deux événements importants la jalonnent :
la création du premier festival de cinéma à
l’échelle de l’Afrique et du monde arabe et la
réalisation du premier long-métrage, conçu et
réalisé par une équipe de Tunisiens. Le choix de
cette date permet de circonscrire les regards.
Ainsi, l’objet reste strictement « tuniso-tunisien »,
limité dans le temps et dans l’espace.
Regard
/ Effet miroir :
Il m’a
semblé intéressant de poser les mêmes questions aux
personnes interrogées, quel que soit leur statut.
Face au même stimulant, chacun répond à sa guise. A
l’instar d’un miroir, chacun de mes interlocuteurs
s’y projette à son gré. Ses réponses ne reflètent
que sa propre image. D’ailleurs, le lecteur se
rendra compte, de part la diversité des
réponses tant au niveau de la forme que du fond.
J’ai tenu à jouer le rôle de médiateur, sans plus.
Il n’y a eu ni insinuation, ni relance. À aucun
moment, l’interviewé n’a été repris ou freiné.
Chacun a répondu selon son débit et son point de
vue, ce qui explique les inégales longueurs des
réponses.
Spécificités
des questions :
Ce sont
des questions ouvertes. Elles invitent l’interviewé
à opérer un va-et-vient entre deux dates fixées au
préalable. Ce voyage permet de faire des constats et
tirer des conclusions sous forme de jugement
personnel. L’expression libre vise à faire parler
davantage l’interlocuteur afin qu’il ne soit pas
frustré. Aucune interview, aussi ficelée, soit –elle
ne parvient à faire tout dire. Il reste des choses
cachées que les questions ne débusquent jamais.
Seule une certaine liberté dans la parole évite à
celui qui parle ou écrit une sorte de frustration.
L’échantillon :
Le cinéma
tunisien appartient à tous ceux qui le regardent, le
font et aident à le faire. Par souci d’exhaustivité,
j’ai interpellé une palette de gens, de la placeuse
au producteur en passant par l’acteur, le
réalisateur et des représentants de quelques
départements dans une équipe de tournage.
L’intellectuel et le cinéphile n’ont pas été
épargnés. Sachant que cette exhaustivité ne pourra
jamais être atteinte. D’ailleurs, certaines
personnes n’ont pas daigné répondre à ma quête.
L’ordre alphabétique a été observé lors de
l’agencement des différentes interviews. Déroge à la
règle, la placeuse. Elle ouvrira les pages de ce
livre. A la manière de sa tâche quotidienne, elle
nous accueille avec le sourire, nous fait s’asseoir
et murmure deux mots : bonne vision. Pardon : bonne
lecture.
Elle
s’éclipse, et moi avec elle. |
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L'auteur |
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contribution de
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Salem Labbène |
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pp 117 à 122 |
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Q :En 1966,il y a eu deux évènements qui méritent
d’être fêtés à savoir le tournage du premier long
métrage de Tunisie indépendante et la création des JCC.
Depuis, nous sommes en 2006,avec une centaine de longs
métrages déjà produits.
a/ Comment vous avez vécu cette année
anniversaire
b/ Le cinéma tunisien s’est-il forgé sa
propre personnalité ?
c/ Quel est l’état des lieux du cinéma de la
Tunisie indépendante ?
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| « Année
anniversaire » ! Je vois que vous parez bien de
longs métrage de fiction, mais d’aucuns liraient
dans votre question "anniversaire du cinéma tunisien"
tout court. Permettez donc que j’apporte une petite
précision à votre question :
S’il s’agit de cinéma tout court, il
faut rendre à l’histoire ses repères et à César ce
qui lui appartient. Dès l’aube de l’indépendance et
avant « l’Aube » de Khlifi, des films documentaires
produits et réalisés par Mohamed Kouidhi ont pu voir
le jour déjà en 1956.Voici un petit éclairage sur
une vérité qui me semble encore, et c’est fort
malheureux, peu ou pas du tout connue de nos
cinéphiles. M’hamed Koudhi, alias Fou'ad Selim,
revendique toujours, non sans raison, qu’on lui
reconnaisse, avant sa mort, son statut de père
historique du cinéma de la Tunisie indépendante avec
"comment voter" et "pourquoi voter".
S'il y a anniversaire à fêter, et
qu’est ce que je serais heureux de le fêter, ce
serait , donc, le cinquantième et non le quarantième.
Encore que, pour moi, l'histoire du cinéma en
Tunisie commence (en général) bien avant
l'indépendance, avec entre autres, les documentaires
tournés par Shamama Chicly au début du siècle, pour
le compte des frères Lumière. Puis avec "Ain Ghzal"
et autres "Jha" où On pouvait voir Omar Sharif et
Claudia Cardinale dans leur premier film (premier
hors d'Egypte pour le tout jeune O. Sharif).
Comment j’ai vécu cet anniversaire ?
Là , et pour être honnête, l’année 2006 touchant
maintenant à sa fin, je ne peux dire que je l’ai
vécue comme une année anniversaire". C’est peut-être
un tort. Mais je me sens très peu coupable de cet
oubli. Car, une année anniversaire s’annonce à
grandes campagnes médiatiques par ceux, structures
et praticiens privés du métier, dont le travail est
d’entretenir la mémoire nationale. C’est à ceux là
de me le rappeler.
Or, je ne m’en suis aperçu que tout
dernièrement, en lisant un article, d'ailleurs fort
amer, signé par le réalisateur du premier film de
fiction de la Tunisie indépendante. J’ai nommé Omar
Khlifi, un pur produit de la cinéphilie (FTCC) fort
active depuis bien avant l’indépendance, grâce
notamment à Tahar Cheriaa, qui en premier chef du
service cinéma du ministère en charge de la culture,
fut derrière l'aventure de confier au "jeune
amateur" O. K. la réalisation de ce film qui devait
être prêt pour les premières JCC, mais qui n'a
malheureusement pas été au rendez-vous !
Dans son article, Omar Khlifi
rappelle, à ceux qui semblent aujourd'hui tout à
fait l’oublier, d'un ton dévoilant son Ego blessé,
que le cinéma tunisien, du moins celui de fiction,
n'existe que depuis son « Aube".
Pour qu’une expression artistique se
forge, dans un pays donné, sa personnalité propre,
il faut des conditions, au moins deux : Une
stratégie nationale de production génératrice de
courants de pensée, d’approches «fonctionnalisantes»
(proposant clairement ou menant indirectement, mais
inéluctablement à l’accomplissement par le produit
d’une fonction sociale donnée plutôt que d’une autre),
de visions esthétique etc. et une production
régulière et assez abondante pour permettre de
déceler ladite personnalité.
Or en Tunisie, nous avons n’avons pas
un cinéma national mais des cinémas ! presque autant
de « personnalités cinématographique », si l’on peut
s’exprimer ainsi, que de réalisateurs. Et comme
chaque réalisateur ne peux produire dans sa carrière
plus de deux, voire un seul film en moyenne, et que
Celui qui en produit plusieurs est le plus souvent
enclin à expérimenter pour se forger un style, nous
ne sommes pas loin de dire que nous avons autant de
personnalités cinématographiques que de films.
Mais attention cette situation n’est
pas nécessairement négative. Car peut-on avoir des
conditions matérielles limitées, un marché national
embryonnaire, voire inexistant, réclamer la liberté
de penser et de s’exprimer par le cinéma, ne se
soumettre à aucune stratégie du contenu qui serait
assimilée à du « Jdanovisme », avoir chacun pour
seul maître à penser son propre Ego et chercher, en
même temps à produire un cinéma reflétant « une
personnalité propre » ?
C’est peut-être, en fin de compte, la
seule façon de permettre au cinéma tunisien de
présenter un dénominateur commun valable : sa
diversité ! Mais c’est un signe de grande richesse !
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Q :
Notre cinéma, plus
exactement nos films, est un cinéma de fiction.
Cette tendance porte-t-elle préjudice au cinéma
national ?
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Pourquoi et en quoi porterait-elle
préjudice au cinéma national ? Pourquoi et en quoi
le documentaire serait-il plus bénéfique au cinéma tunisien
? Quand on dit que notre cinéma est un cinéma de
fiction, est-ce à dire qu’il n’y a pas de
documentaires ? Ce serait complètement faux. Il se
peut qu’il y ait peu de documentaires ! Mais avons
nous beaucoup de films de fiction ? Il se peut qu’il
n’y ait pas de grands documentaires qui se
distinguent au point de représenter un phénomène !
Mais avons nous beaucoup de fils de fictions qui
défraient la chronique ? Soyons modestes ! Nous
avons proportionnellement un tout petit cinéma
équilibré entre fiction et documentaires. Vous
pouvez trouver qu’il y a un léger déséquilibre dans
ce sens ou dans l’autre. C’est une question de goût,
rien de scientifique ! Mais pour notre minuscule
petit marché, pour notre minuscule petit budget on
ne peut avoir plus ! |
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Q :
Le cinéma tunisien se
veut un cinéma d’auteurs. L’est –il réellement ?
Quels sont les vrais auteurs tunisiens? |
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Entendons nous d’abord sur la
signification du concept !
Quand un film est classé « d’auteur »
c’est un simple constat et non point un label de
qualité. Un film d’auteur est un film initié par son
réalisateur. Contrairement au film de producteur où
le réalisateur peut n’avoir dans son film qu’une
intervention de simple technicien !
Certes, historiquement, le cinéma
d’auteur est a vu le jour grâce à une action
militante contre la main mise des grandes firmes de
production, non seulement sur les moyens de
production, mais essentiellement sur le contenu
filmique et sur la vision esthétique.
Mais de nos jours et particulièrement
en Tunisie, nous sommes loin de ces considérations.
Et toute confusion est purement idéologique. C’est
d’ailleurs l’origine du mal de notre cinéma. Nous
tenons, à mon sens un peu trop à ce « label » qui
n’en est pas un. Et, s’il y a problème c’est
essentiellement dans ce que j’appelle « le processus
de production d’auteur ». C’est un processus qui
fait que le film tunisien est devenu un one man
(lire superman) action. Dans 90 pour cent des cas,
le plus petit court métrage de débutant est produit
par un auteur, lire par quelqu’un qui n’a rien à
voir avec la production.
En Tunisie nous ne manquons pas
d’auteurs mais de grands producteurs. C’est la
raison pour laquelle nos films d’auteurs sont la
plupart du temps d’une faiblesse déconcertante.
L’auteur fait ce qu’il croit sincèrement être le
meilleur de lui même. Quand c’est lui même le
producteur, il ne peut plus rien donner à son film.
Sans compter tout le temps consacré aux affaires de
la production, au détriment de l’affinement créatif.
Mais quand le producteur est une tierce personne et
que cette personne a investi son argent, elle a le
droit d’apporter un regard extérieur légitime et
contraignant. La contrainte n’est pas toujours
mauvaise, vous savez ! Car, quand on a affaire à un
bon producteur, c’est à dire un être cultivé, qui a
du métier, du goût et les moyens de se faire aider
par des gens de métier et de bon goût, c’est une
garantie de qualité.
Ceci dit nous n’avons pas que de
mauvais auteurs. Certains de nos cinéastes sont de
vrais auteurs. Ils sont trop peu nombreux à mon
goût. Mais ils existent. Je m’interdis, pour des
raisons personnelles, de citer des noms. Mais les
plus performants d’entre eux sont, à mon avis, ceux
qui travaillent avec l’aide d’un vrai producteur.
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Q :
La crise de relation
public – tunisien et son cinéma est-elle due au fait
que
la Tunisie est mal appréhendée voire
mal filmée ?ou incombe-t-elle à d’autres raisons ? |
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Que veut-on dire par « mal filmée »
ou « mal appréhendée » ? Ces considérations sont
plutôt d’ordre critique voire scientifique, dans le
sens des sciences humaines et particulièrement de
la sociologie. Contrairement à ce que croient les
intellectualistes, ce genre de considérations
n’intéresse en rien le grand public, qui est le vrai
public du cinéma, celui qui pèse dans le succès ou l’échec
commercial d’un film. Pour ce public, la
concitoyenneté avec le réalisateur ou le producteur
du film peut servir d’amorce, le fait que le sujet,
les lieux, les personnages lui soient familiers,
proches de son vécu quotidien constitue une seconde
amorce. Mais si son rapport au film s’arrête là il
ne trouve aucunement son compte. Car la cause est
loin d’être gagnée d’avance. On ne va au cinéma ni
par patriotisme ni par militantisme ni encore pour
comprendre sa société. On va au cinéma pour rêver,
pour se distraire, pour vivre des émotions.
Et , pour répondre à ces besoins, il
faut que le cinéma soit appréhendée d’abord en tant
qu’art qui a ses règles, ses trucs, ses astuces. Ce
n’est qu’en second lieu qu’on peut se permettre d’en
faire un moyen d’expression ou de militantisme.
Malheureusement, c’est souvent le second souci qui
habite les faiseurs de notre cinéma. Une part non
négligeable de nos films souffre d’invraisemblance,
de mauvaise construction de personnage, de mauvaise
construction (voire d’absence) de récit et, lors du
tournage de la mauvaise direction d’acteurs. A de
rares exceptions près, nous racontons très
médiocrement des histoires. Or, un film de fiction
est d’abord une histoire simple, crédible et bien
racontée.
Mais la désaffection du public est à
rechercher aussi dans l’ère du temps. Car elle
touche e cinéma en général. La salle obscure n’a
plus son attrait d’antan sur les gens. Les sorties
culturelles, en général, ne font plus partie des
occupations favorites des nouvelles générations.
Télévisions et multimédias aidant, ce sont le
théâtre et le cinéma qui font les frais de cette
transformation fondamentale de la conception sociale
des loisirs, qui deviennent de plus en plus
casaniers et de moins en moins liés à la culture,
quand des sorties sont au menu.
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Q :
Qu’est ce que vous
proposez pour rétablir la relation entre le
spectateur tunisien et le produit national ? |
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Il y a lieu, à mon avis, de réviser
totalement l’approche de la distribution du film
tunisien en l’intégrant dans une stratégie de la
production, de l’animation culturelle et de la
programmation télévisuelle. Ceci demande d’abord une
plus grande implication des télévisions nationales
dans la production de longs métrages et des
réalisateurs de cinéma dans la production de
téléfilms. Il faut investir le marché des
multimédias. Et enfin, il faut arrêter de considérer
le circuit culturel comme une voie de garage ou un
moyen de distribution gratuite.
Avec la réduction du nombre des
salles spécialisées, le film tunisien meurt avant
que son public potentiel soit devant des
opportunités réelles de le voir. Il y a donc urgence
à investir les maisons de culture, surtout les
complexes des grandes villes qui sont bien équipés
en matériel de projection, et à multiplier les
manifestations culturelles périodiques incluant dans
leurs programmes des projections commerciales du
film et même du téléfilm tunisien qui pourrait être
d’abord exploité dans ce circuit avant sa
programmation sur les chaînes de TV.
Ces idées sont à développer davantage.
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Q :
on a remarqué,
dernièrement, que l’aide à la production touche de
plus en plus le documentaire. Ce genre serait-il une
planche de salut pour notre cinéma ? |
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Il ne faut pas tomber dans la
mentalité de substitution. La fiction a une
spécificité et un rôle que ne peut remplacer le
documentaire. Aussi le besoin de fiction est réel,
même si l’affluence du public est en nette
régression. Se contenter de produire des
documentaires n’est point une « planche de salut »
pour notre cinéma, mais le meilleur moyen de
l’enterrer définitivement.
Quant à l’aide à la production c’est
une autre affaire. Mais, sans entrer dans les
détails, je crois, qu’autant que la fiction, le
documentaire a droit de cité dans le paysage
filmique tunisien et qu’il a, donc, autant droit à
la subvention de l’Etat. Pour des considération de
sauvegarde de la mémoire nationale, mais aussi de
promotion du patrimoine et autres richesses
nationales filmables, je crois même qu’il est de bon
aloi de partager le budget des subventions de l’Etat
équitablement entre documentaire et fiction. Ce qui
est loin d’être, présentement, le cas. Je dirais
même qu’en matière de subventions, le documentaire
est, à mon sens prioritaire sur la fiction. Car,
même de qualité moyenne, un documentaire sert
toujours le sujet auquel il s’attelle. Le
contribuable tunisien y trouve quand même son
compte. Alors qu’une fiction médiocre représente
irrémédiablement une perte sèche du trésor public.
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Q :
L’aide à la production,
ce système à perfusion, faut-il le garder ou
l’abolir ? La garder sous quelles conditions ?
l’abolir. Pourquoi ? |
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Là on touche à une autre question de
vie ou de mort. Pas seulement celle du cinéma comme
genre. Mais celle de la présence de la culture
tunisienne en Tunisie. Si nous voulons encore voir
des films tunisiens, des pièces de théâtre
tunisiennes, de la peinture tunisienne, des livres
tunisiens, de la musique tunisienne authentique et
produite dans les règles de l’art. La subvention de
l’Etat est indispensables. Autrement c’est la
culture de l’autre qui nous investirait totalement.
Et nous serions étrangers chez nous.
Ceci dit, la philosophie de la
subvention doit changer. Il faut savoir rompre avec
l’idée du petit gâteau à partager entre les enfants
d’une famille, trop nombreuse pour que, de toutes
les façons, même ceux qui ont mangé ne demeurent pas
sur leur faim. Il y a lieu de rationaliser cette
subvention et de lier son attribution à une
stratégie de promotion de a culture nationale. La
subvention ne pose pas problème seulement dans le
secteur du cinéma. Le problème touche toutes les
activités culturelles en Tunisie. Et il y a lieu
aujourd’hui de marquer une petite pose pour mieux la
réfléchir et la structurer d’une manière plus
rationnelle.
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Q :
Nos cinéastes (toutes
générations confondues) sont-ils frileux, courageux
ou calculateurs? |
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No comment ! |
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Q :
Citez moi cinq films ou
cinq réalisateurs que vous préférez aux autres ? |
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C’est dur de choisir. Mais voici cinq
parmi les films de long métrage qui m’ont le plus
marqué en leurs temps, pour une raison ou pour une
autre. Il y en a bien d’autres dont l’effet sur moi
était assez comparable mais qui n’arrivent,
malheureusement, pas à les surclasser dans mon
échelle d’appréciation personnelle :
« Les ambassadeurs » de Naçeur Ktari,
« Sejnane » de Abdellatif Ben Ammar, « Rih Essed »
de Nouri Bouzid, « Chichkhan » de Mahmoud Ben
Mahmoud et Fadhel Jaaibi, « Les silences du palais »
de Moufida Tlatli.
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Expression libre :
Dites ce que vous avez
en vie de dire à propos du cinéma tunisien |
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J’ai presque tout dit |
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